Les femmes et le gruyère
24-07-2025
Quel est le point commun entre la carrière d’une femme de militaire et le gruyère ?
Sans surprise … les trous, qui avec une petite touche de marketing se transforment en “carrière atypique”. Il paraît que c’est plus vendeur que le gruyère.
Bien sûr, de nombreuses femmes vivent cette situation, pas besoin d’épouser un militaire. Mais tous les militaires étant concernés par le principe de “disponibilité en tout temps et en tout lieu”, les femmes de militaires sont donc toutes susceptibles d’être directement touchées dans leur évolution professionnelle par le métier de leur conjoint.
Après je ne doute pas que le sujet parlera à de nombreuses femmes !
Assez naturellement on comprend que les trous dans le CV, c’est pas génial. Même si on peut mettre en avant d'innombrables “soft skills” aka adaptation, résistance au stress, autonomie, prise de décision, j’en passe et des meilleures, développées au fil des mutations et des absences, ça ne rassure pas le recruteur. Ces profils ne rentrent pas dans les cases, on y lit un manque de stabilité, voire de loyauté … Or les entreprises recherchent des personnes prêtes à s’investir sur le long terme (même si elles n’ont aucune perspective pour la personne recrutée d’ailleurs). Et oui, ça coûte cher de former et de recruter. Sans oublier les employeurs qui cherchent des “talents” mais qui confondent encore disponibilité et compétence !
Le chemin de l’emploi est donc semé d’embûches. Et pour celles qui y parviennent, vient l’annonce du prochain trou dans le CV : la mutation géographique … et par ricochet le nouveau trou dans ses droits sociaux. Pas de travail, pas de cotisation retraite. On est en France me direz-vous, on a le chômage ! Alors oui … mais.
D’une part, il n’y a pas que des mutations en France, et le maintien des cotisations à titre individuel en expatriation est hors de prix.
D’autre part, l’indemnisation du chômage est à durée déterminée donc quand on enchaîne les mutations, le temps de retrouver un travail ne permet pas toujours de justifier des conditions d’indemnisation.
Et enfin l’enchaînement des périodes à trou implique un salaire à trous. Les soft skills de base arrière ne sont pas valorisées au même titre que l’expérience professionnelle. On ne rattrape jamais le salaire qu’on aurait pu avoir sans les trous et donc on détériore ses droits individuels à la retraite.
Attention, il ne s’agit pas de dire qu’il faut rémunérer de façon égale les personnes alors qu’elles n’ont pas la même expérience, ce ne serait pas juste pour celles et ceux qui ont un parcours continu. Mon propos a seulement pour objectif de faire prendre conscience aux femmes et à leur conjoint de ce qu’implique sur le long terme d’être une formidable “base arrière”. La majorité des femmes ne regrette pas d’avoir suivi leur conjoint, en particulier en cas d’expatriation, parce que ce qu’elles ont vécu en termes d’expérience de vie, pour elle ou pour leur famille, est inestimable.
En revanche, prendre conscience de ce que ça implique pour soi, être conscient de l’impact long terme et éventuellement mettre en place des actions pour réduire les possibles conséquences négatives permet d’anticiper des frustrations futures.
Alors quelles sont les stratégies possibles pour valoriser son gruyère ?
Voici quelques pistes de réflexion:
1/ Limiter le nombre de trous
Travailler sur la “portabilité” de son activité professionnelle : travail à distance, au sein d’un réseau, créer son entreprise, formation / reconversion…
2/ Limiter la taille des trous
Définir une “contrepartie” financière : trouver la juste rémunération de la base arrière (elle sera différente selon chaque couple) afin que ce rôle soit valorisé et reconnu.
3/ Augmenter la taille du gruyère
Prévoir des versements sur un Plan d’Epargne Retraite individuel pendant les périodes non cotisées pour compenser la perte de cotisations directes avec pour objectif de garantir un revenu minimum complémentaire individuel à la retraite.
En conclusion, valoriser son gruyère participe pleinement à la durabilité financière du couple, en sécurisant les intérêts de chacun en tant que partenaires au sein de l’entité économique “Famille”.
Ou plus simplement, c’est du gagnant-gagnant !
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